Coming Out Day : Le témoignage de Fiona

Le 11 octobre, nous célébrons fièrement la journée mondiale du coming-out! Moment important et presqu'inévitable pour nombreux·ses d'entre nous, il peut également être extrêmement compliqué voire impossible pour de nombreuses autres personnes LGBTQIA+.

Pensée particulière aujourd'hui pour toutes ces personnes qui ne peuvent (ou ne veulent) pas faire leur coming out pour diverses raisons. Nous pensons à vous, vous n'êtes pas seul-e-s!

Un jour, peut-être, la notion de coming-out sera obsolète et nous pourrons chacun-e être qui l'on est sans devoir le partager à la terre entière...

Nous avons eu le plaisir de discuter avec Fiona, qui a accepté de répondre à nos questions.

Comment as-tu fait ton coming out ? Dans quel contexte l’as-tu fait ? Était-il préparé ? T’a-t-on outé ? Était-il forcé ?

J'ai fait mon coming out d'abord à mes parents à l'âge de 14 ans. Je savais que ce serait le plus compliqué. Mes parents n'ont jamais tenu de propos explicitement homophobes, mais ils se souciaient beaucoup du "qu'en-dira-t-on". Il s'agit de ne pas faire de vagues et de ne pas se faire remarquer. Mais une fille homosexuelle, ça dénote. C'est plus simple de dire que ça ne pose pas de problème quand ça ne concerne pas leur propre famille.

Je savais donc pertinemment que ça allait créer des remous. Après des mois à théoriser sur leur réaction, j'ai réuni tout le monde dans le salon et j'ai annoncé la grande nouvelle. Il y a eu une minute de silence où le visage de mon père s'est complètement fermé. Mon père a dit que ce n'était pas une maladie, mais qu'il valait mieux ne rien dire. Ils ont aussi semé le doute dans mon esprit en avançant que je ne pouvais pas savoir, et surtout que je ne "choisissais" pas le chemin le plus facile. J'ai mis huit ans à digérer tout ce qu'ils m'ont dit.

J'ai fait mon coming out à mes amis à l'âge de 22 ans. J'avais vécu ma première déception amoureuse avec une fille, et je n'avais plus vraiment envie de me cacher. J'en ai parlé à mon amie la plus bavarde, et elle a diffusé l'information, si l'on peut dire. J'avais donné mon accord, et surtout, cela m'évitait de revivre de longues conversations avec mes parents.

A qui l’as-tu fait en premier ? Comment cela s’est passé ?

Je l’ai dit à ma sœur, lâchement par SMS. J'ai fait durer le suspense pendant au moins 50 messages, et ma sœur croyait qu'il m'était arrivé quelque chose de grave. Elle m'a presque engueulé quand elle a compris que ce n'était que "ça", pour citer ses mots.

Quelle a été la personne qui a le mieux réagi ?

Ma grand-mère. Ma mère pensait qu'elle le prendrait très mal car en tant que bonne catholique espagnole, les traditions sont sacrées. Du coup, je l'ai caché assez longtemps, mais avec l'âge, elle se demandait pourquoi elle n'entendait jamais les histoires d'amour de sa petite-fille. Elle insistait à chaque fois que nous nous téléphonions. Du coup, vers l'âge de 24 ans, un matin de lendemain de veille, où une amie à moi est restée dormir à la maison et que ma grand-mère logeait aussi là, je lui ai dit que je sortais avec des filles. Avant cela, elle avait insisté auprès de mon amie pour savoir si j'avais quelqu'un dans ma vie, et donc je lui ai dit qu'il n'y avait pas de garçon parce qu'il n'y avait que des filles. Ma grand-mère a laissé échapper un grand "non", que je peux encore entendre aujourd'hui, mais elle s'en moquait, elle était juste surprise. Elle m'a dit qu'elle voulait juste mon bonheur, peu importe avec qui. Sa réaction vaut tout l'or du monde encore aujourd'hui.

Quelle a été la personne qui a eu la pire réaction ? Comment est ta relation avec cette personne à l’heure actuelle ?

Mon père. Nos relations actuellement sont assez bonnes. Il a appris à devenir parent d'une fille lesbienne. Je pense que sa réaction découle principalement des clichés qu'il avait en tête. Pendant longtemps, nous n'en avons pas parlé, mais l'année dernière, je lui ai présenté pour la première fois quelqu'un. Il a d'abord été mal à l'aise, mais aujourd'hui, il la considère comme quelqu'un de la famille. Quand je lui ai annoncé que je me mariais l'année prochaine, il a super bien réagi. Je n'aurais jamais imaginé cela possible. Je pense que me voir heureuse lui a permis de faire le deuil de la fille qu'il voulait que je sois avant.

Qu’est-ce qui a changé dans ta vie une fois que tu as fait votre coming out ? Comment t’es-tu sentie ?

Je me suis sentie soulagée. Je n'avais plus cet énorme poids de devoir faire attention au moindre détail pour que personne ne se doute de rien. Je ne devais plus mentir. Je ne devais plus porter des vêtements que je considérais comme "hétéro". Je n'avais plus à mentir. J'étais honnête dans mes relations, donc je vivais des amitiés plus fortes. J'étais enfin moi-même.

Comment appréhendes-tu ton coming out maintenant quand tu dois repasser par cela quand tu rencontres de nouvelles personnes ?

C'est au travail que je me sens le plus vulnérable. Si un collègue ou un supérieur réagit mal, cela peut avoir un impact sur ma carrière, alors que si c'est une nouvelle relation amicale, etc., je peux simplement la mettre de côté, cela ne change rien. C'est ce qui me frustre, car depuis l'âge de 22 ans, je ne supporte pas l'idée de me cacher, mais en même temps, je considère que ma vie privée m'appartient. Je l'ai toujours affirmé dans mes différents postes, car j'estime que je n'ai pas à mentir sur la personne qui partage ma vie, et je suis trop fière de notre relation pour la cacher. Cependant, cela ne se fait pas sans crainte. Je ne peux pas envoyer mon manager sur les roses, et en même temps, certaines personnes se permettent des réflexions et des questions qui, parfois, devraient nous donner le droit d'y répondre.

Quel conseil aimerais-tu donner à la personne que tu étais avant ton coming out ? Qu’aimerais-tu qu’elle sache aujourd’hui ?

Il y a quelques années, il y avait des vidéos sur YouTube avec des personnalités publiques qui faisaient leur coming-out, racontaient leur parcours, et toutes les vidéos se terminaient par la même phrase : "It gets better." Je n'y croyais pas du tout à l'époque, alors que j'étais encore dans le placard, mais c'est vrai. Peu importe la réaction en face, ça ne peut pas être pire que l'homophobie que j'ai subie en tant qu'adolescente. Je suis devenue plus forte, et tes parents avaient tort. J'aime vraiment les filles, donc ça ne sert à rien d'essayer avec les messieurs.

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